Un financement européen de 1,3 million d’euros vient d’être décroché par des équipes toulousaines et espagnoles pour étudier le lien entre obésité, vieillissement et risques de développer des maladies neurodégénératives. Le docteur Rémy Burcelin, spécialiste toulousain du microbiote intestinal, participe aux travaux.

Un financement européen de 1,3 million d’euros vient d’être décroché par des équipes toulousaines et espagnoles pour étudier le lien entre obésité, vieillissement et risques de développer des maladies neurodégénératives. Le docteur Rémy Burcelin, spécialiste toulousain du microbiote intestinal, participe aux travaux.

La recherche transfrontalière franco-espagnole se mobilise pour lutter contre les conséquences conjuguées de l’obésité et du vieillissement. Des conséquences qui, dans certains cas, peuvent entraîner des maladies neurodégératives comme vient de le constater l’étude menée par l’University College London (cliquez ici) dont les résultats ont été publiés le 23 juin dernier dans l’International Journal of Epidemiology.
Au-delà du constat, l’Institut de recherche biomédicale de Gérone (Idibgi), en partenariat avec l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale français) et l’entreprise toulousaine Enterosys viennent de présenter le projet Thinkgut.
Ce programme Thinkgut (Prédiction personnalisée de la cognition par le microbiote humain) lancé le 15 juin 2020 consiste à mettre en place un consortium d’experts transfrontaliers sur la relation entre le microbiote et la cognition avec des outils exploratoires et des bases de données humaines d’environ 1 700 personnes. Les Espagnols recruteront 900 patients afin de compléter une base de données déjà existante de 800 personnes (cohorte de l’étude Florinash dédiée à la « maladie du foie gras »)
Objectif : générer des outils diagnostiques-thérapeutiques personnalisés axés sur la prévention, le diagnostic et le traitement des troubles neurocognitifs associés à l’obésité et au vieillissement.



« Les troubles neurodégénératifs, grande menace liée au vieillissement en Europe »

Par le passé, des relations épidémiologiques entre l’obésité et le dysfonctionnement neurocognitif, ainsi qu’avec la composition du microbiote intestinal, ont déjà été démontrées. Bien que le rôle du microbiote intestinal soit avéré dans le développement de l’obésité, il est un élément important mais encore mal compris du dysfonctionnement neurocognitif chez les sujets âgés. Or, la prévalence des troubles neurodégénératifs est l’une des plus grandes menaces actuelles liées au vieillissement dans l’Union européenne.
Pour gagner cette connaissance et répondre aux problématiques pragmatiques de la perte des fonctions cognitives chez l’homme, un consortium d’experts transfrontaliers (Espagne-Occitanie) ainsi que des outils exploratoires et des bases de données humaines vont être créés.
Des modèles bioinformatiques et biomathématiques seront utilisés pour exploiter les espèces bactériennes et les métabolites correspondants qui interagissent avec l’axe microbiote-foie-cerveau intestinal, et son impact sur le déclin neurocognitif.
La connaissance du mode d’action sera obtenue à partir de souris sans germes colonisées par des communautés bactériennes dans lesquelles de vastes procédures neurocognitives seront étudiées après la transplantation fécale. L’information sera utilisée pour construire des outils afin de prédire et prévenir individuellement les maladies associées au microbiote axe intestin-foie-cerveau.



« Montrer que la composition du microbiote chez une personne obèse joue un rôle »

La coopération transfrontalière est cruciale pour obtenir des informations et compiler des cohortes auprès des centres cliniques du territoire de la Poctefa permettant le développement de thérapies et de médicaments pour la prévention de l’obésité, des maladies métaboliques et de la détérioration neurocognitive du vieillissement.
Le projet Thinkgut est coordonné par le docteur José Manuel Fernández-Real, chef du groupe de recherche sur la nutrition à l’Institut de recherches biomédicales de Girona Dr Josep Trueta (Idibgi) et chercheur au Centre espagnol de recherche biomédicale en physiopathologie de l’obésité et de la nutrition de l’Institut de santé Carlos III, à Madrid. Le docteur Josep Puig du même centre collabore également au projet.
Au nom de l’Inserm français, le projet sera dirigé par le docteur Rémy Burcelin de l’Institut des maladies métaboliques et cardiovasculaires de Toulouse. « Des études ont déjà montré le lien entre la composition du microbiote intestinal et le développement de maladies neurodégénératives de type Alzheimer, autisme ou Parkinson. On sait aussi que le microbiote intestinal joue un rôle dans le développement de l’obésité. Nous voulons montrer que la composition du microbiote chez une personne souffrant d’obésité joue un rôle dans le dysfonctionnement neurocognitif lorsqu’elle vieillit », résume Rémy Burcelin, spécialiste du microbiote intestinal, interviewé par la Dépêche du Midi. Mission de l’expert toulousain : isoler les bactéries qui contrôlent les fonctions cognitives.



Un programme financé à 65% par les fonds Feder

Si les chercheurs de l’Inserm coordonneront la partie de l’étude sur les modèles animaux, la biotech Enterosys se chargera des expériences et de la mise au point de probiotique. Installée à Labège dans la région toulousaine, cette société biotechnologique, dirigée par Maxime Fontanié, est spécialisée dans les services d’évaluation préclinique de haute qualité.
Le projet Thinkgut dispose d’un budget total de 1,3 millions d’euros et a été cofinancé à 65 % par le Fonds européen de développement régional (Feder) par le biais du programme Interreg V- A Espagne-France-Andorre (Poctefa 2014-2020).
L’objectif de Poctefa est de renforcer l’intégration économique et sociale de la zone frontalière Espagne-France-Andorre. Son aide se concentre sur le développement d’activités économiques, sociales et environnementales transfrontalières à travers des stratégies conjointes en faveur du développement territorial durable.

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