Une étude menée la semaine dernière au CHU de Lille sur 124 patients confirme les tendances déjà relevées en Grande-Bretagne mi-mars, en Chine et aux Etats-Unis : l’obésité constitue un facteur de risque de gravité du coronavirus. L'Association française d'étude et de recherche sur l'obésité (Afero) et la Ligue contre l’obésité posent leurs recommandations.

Une étude menée la semaine dernière au CHU de Lille sur 124 patients confirme les tendances déjà relevées en Grande-Bretagne mi-mars, en Chine et aux Etats-Unis : l’obésité constitue un facteur de risque de gravité du coronavirus. L’Association française d’étude et de recherche sur l’obésité (Afero) et la Ligue contre l’obésité posent leurs recommandations.Vous pouvez le consulter ici en intégralité.

Depuis la toute première étude réalisée le 19 mars en Grande-Bretagne révélée par le site de la Ligue contre l’obésité (Cliquez ici), la communauté médicale internationale s’interrogeait sur la fragilité des personnes en surpoids ou en obésité face à coronavirus.
Un mois après cette première annonce inquiétante, d’autres données ont été portées à la connaissance du public. Aussi bien en France, en Chine et notamment aux Etats-Unis avec ce rapport réalisé par les Centers for Disease Control and Prevention (Centres pour le contrôle et la prévention des maladies) qui ont compilé, tout au long du mois de mars, des statistiques sur les personnes hospitalisées dans quatorze Etats (Cliquez ici). Un rapport qui indique clairement que les experts médicaux américains ont constaté, aussi bien chez les patients âgés de 18 à 49 ans que chez les patients âgés de 50 à 64 ans, que l’obésité était la condition sous-jacente la plus répandue.


« La fréquence inattendue de l’obésité chez les patients en soins intensifs »

En France, une étude de cohorte rétrospective publiée par le CHU de Lille (Nord) a levé également le voile la semaine dernière (1). Cet « arrêt sur image » s’inscrit dans le droit fil des études britannique et américaine. En effet, le CHU de Lille ayant, à son tour, remarqué « la fréquence élevée inattendue de l’obésité chez les patients admis aux soins intensifs pour le Covid-19 », il a décidé de lancer une étude début avril.
Menée sur 124 patients âgés de 26 à 87 admis en réanimation pour une pneumonie confirmée Covid-19 entre le 27 février et le 5 avril 2020, cette étude démontre que l’obésité (IMC >30) et l’obésité sévère (IMC >35) étaient présente dans, respectivement, 47,6% et 28,2 des cas.
Et le CHU de Lille d’indiquer dans son document de référence que 85 patients sur les 124 (68,6%) ont nécessité une ventilation mécanique invasive. Comprendre : deux tiers de ces patients en surpoids ont été intubés pour faciliter la respiration des victimes du Covid-19. Et ce indépendamment de l’âge, du diabète, de l’hypertension.
Une constatation qui a conduit le CHU de Lille à la conclusion suivante : « L’étude montre une fréquence élevée de l’obésité chez les patients admis en soins intensifs pour le SRAS-CoV-2. La gravité augmente avec l’IMC ». Et l’équipe lilloise de poursuivre : « L’obésité est un facteur de risque de gravité du SRAS-CoV-2 nécessitant une attention accrue aux mesures de prévention chez les personnes obèses ».



Confirmation sur le terrain

Sur le terrain, la tendance se confirme. Tous les paramètres recueillis dans le milieu hospitalier dresse un profil souvent similiaire : il s’agit, en général, d’un homme, à l’âge avancé et très souvent en situation d’obésité. « C’est clairement un facteur de risque de formes graves (…). Lorsque l’on a un embonpoint important, le muscle du diaphragme fonctionne moins bien. Face au Covid, ces patients sont donc moins armés lorsqu’ils se retrouvent en détresse respiratoire », explique Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l’hôpital Avicenne à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, au Parisien (12 avril). Un sentiment déjà argumenté par le Réseau européen de recherche en ventilation artificielle (REVA) qui, cité par Le Monde du 7 avril, révèle que « 83 % des patients en réanimation seraient en surpoids ».(Cliquez ici)
Un fait également confirmé par Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, qui a indiqué le mardi 7 avril, lors de son point quotidien sur la situation de l’épidémie de Covid-19 en France, que « l’obésité et, même le surpoids, peuvent devenir un facteur de risque d’infection sévère » au coronavirus.



Un document signé Afero et Ligue contre l’obésité

Dans le droit fil de toutes ces données, l’Association française d’étude et de recherche sur l’obésité (Afero) a décidé de réactualiser ses recommandations à l’attention des personnes en situation d’obésité. Dans ce document de neuf pages co-signé par la Ligue contre l’obésité et intitulé « Conseils aux personnes en situation d’obésité ou opérées d’une chirurgie bariatrique pendant la période de confinement » (cliquez ici) , on y lit des informations sur le traitement médicamenteux des patients obèses, leur suivi, les conduites alimentaires, l’activité physique, le sommeil, la vie sociale, etc. « Lorsque leur indice de masse corporelle est supérieur à 40, il est possible de demander à son médecin un arrêt de travail dérogatoire », précise Muriel Coupaye, présidente de l’association. Un sujet que la Ligue contre l’obésité a exploré et qui semble en voie d’évolution.

(1) Mardi 7 avril en soirée, le professeur Mercé Jourdain du CHU de Lille a tweeté : « Dans une étude de cohorte portant sur 124 patients (CHU Lille), l’obésité sévère (IMC 35 kg/m2) augmente considérablement le besoin de ventilation mécanique chez les patients admis en unité de soins intensifs pour le Cov2 du SRAS, indépendamment du diabète et de l’hypertension artérielle » (Cliquez ici)

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