La SOFFCO-MM vient d’émettre un certain nombre de recommandations en vue de la reprise rapide de l’activité de chirurgie bariatrique et métabolique « pendant et après la pandémie de Covid-19 ». De son côté, la Fédération internationale de la chirurgie de l’obésité (IFSO) se montre très prudente...

La SOFFCO-MM vient d’émettre un certain nombre de recommandations en vue de la reprise rapide de l’activité de chirurgie bariatrique et métabolique « pendant et après la pandémie de Covid-19 ». De son côté, la Fédération internationale de la chirurgie de l’obésité (IFSO) se montre très prudente…

« Nous avons eu l’injonction dès le 15 mars d’annuler toutes les opérations chirurgicales non-urgentes. Les soignants ont été réquisitionnés pour le Covid. Pour le moment, l’activité chirurgicale de l’obésité est toujours à l’arrêt ». A Marseille, le docteur Hugues Sebbag, chirurgien viscéral et digestif à l’Hôpital Privé de Provence, s’est conformé, comme partout en France – et dans le monde entiers – aux directives des autorités sanitaires : les opérations des chirurgies bariatriques sont stoppées jusqu’à nouvel ordre.
Sauf que les patients, eux, ne sont pas en pause. En attendant la replanification de leur opération, ils sont suivis à distance par leurs spécialistes. Mais les opérations vont-elles vraiment pouvoir reprendre ?



« Prolonger l’arrêt engendrerait un risque d’augmentation de la mortalité »

Dans un communication publiée la semaine dernière, la SOFFCO-MM (Société française et francophone de chirurgie de l’obésité et des maladies métaboliques, présidée par le professeur Simon Msika), estime que les opérations doivent reprendre le plus tôt possible. « Face à la crise sanitaire actuelle responsable d’un arrêt des activités de chirurgie programmées depuis le 16 mars 2020, il parait nécessaire de reprendre une activité de chirurgie bariatrique et métabolique, à partir de la date du déconfinement, le 11 mai 2020 », écrit la SOFFCO-MM.
Pour elle, « le seul traitement efficace actuel de l’obésité est la chirurgie avec un bénéfice rapide et durable comme l’amélioration la qualité de vie, des comorbidités et l’augmentation de l’espérance de vie ». Persuadée que « le confinement et l’arrêt de cette chirurgie depuis le 15 mars ont eu un impact méconnu, et sous-estimé sur la population obèseavec prise de poids, et aggravation des comorbidités (diabète, HTA…) », la SOFFCOM-MM se réfère notamment à une étude canadienne qui démontre que le taux de mortalité sur liste d’attente avant chirurgie bariatrique est trois fois plus élevé que dans la population générale.
Et le groupe de travail composé d’experts de clairement annoncer que « prolonger l’arrêt de cette activité engendrerait une perte de chance avec risque d’augmentation de la mortalité et d’aggravation des comorbidités ».



Déterminer les patients prioritaires

La crise sanitaire actuelle a largement démontré que l’obésité était un facteur de gravité indépendant en cas d’infection au Covid-19, en particulier respiratoire. La mise en place d’un suivi par téléconsultations depuis le début de la période de confinement a permis, selon les recommandations actuelles, de poursuivre le suivi des patients souffrant d’obésité et leur préparation avant la chirurgie.
Dans leurs recommandations, les spécialistes de la SOFFCO-MM soulignent que leur but « n’est pas de changer les recommandations mais de hiérarchiser la reprise en l’adaptant au contexte. La reprise sera progressive et adaptée au risque sanitaire actuel, à partir de la date de déconfinement officielle ».
Pour la SOFFCO-MM, il s’agit de déterminer les patients prioritaires, d’adapter les modalités de reprise d’un centre à l’autre selon les ressources et de surveiller l’évolution épidémique. Côté patient, la SOFFCO-MM préconise qu’ « un consentement éclairé spécifique soit tracé et signé justifiant l’indication opératoire ».



L’attitude plus draconienne de l’IFSO

Dans le cadre des précautions nécessaires à prendre en vue de l’intervention chirurgicale, la SOFFCO-MM souhaite « un dépistage avant convocation hospitalière des patients obèses en raison du risque avéré de forme grave de Covid-19 chez ces patients ». En cas de suspicion d’infection au Covid-19, la chirurgie sera différée avec un délai minimum d’un mois avant de reprogrammer une chirurgie, non sans réévaluation du risque clinico -biologique. Pour les experts, la chirurgie ambulatoire et les durées d’hospitalisation courtes sont à privilégier.
Si ces recommandations peuvent évoluer en fonction de l’évolution de la pandémie Covid19 qui, pour l’heure, reste inconnue, la Fédération internationale pour la chirurgie de l’obésité et des troubles métaboliques (IFSO), elle, se montre en revanche plus «draconienne » que la SOFFCO-MM. « Tous les cas chirurgicaux et endoscopiques électifs pour la chirurgie métabolique et bariatrique devraient être reportés pendant la pandémie », écrit-elle dans ses recommandations datées du 14 avril.



La balle dans le camp des directions d’établissements et des autorités sanitaires

Pour l’IFSO, cette mesure permettrait de minimiser « les risques pour les patients et les équipes de soins de santé, ainsi que la réduction de l’utilisation de ressources inutiles, telles que les lits, les ventilateurs et les équipements de protection individuelle (EPI). En outre, le report de ces services permettra de minimiser l’exposition potentielle du virus COVID-19 aux fournisseurs de soins de santé et aux patients sans méfiance ».
L’IFSO laisse toutefois une porte ouverte pour des cas précis. « Seules les chirurgies d’urgence pour le traitement des complications graves de la chirurgie bariatrique sont recommandées pendant la pandémie de Covid-19, par exemple les saignements postopératoires, les fuites, etc. ».
La balle est désormais dans le camp des directions des établissements hospitaliers et des autorités sanitaires, et notamment des Agences régionales de santé (ARS). A elles de fixer, ensemble, la date de reprise des interventions bariatriques en France et leurs modalités.

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