En fin de semaine dernière, une dizaine de personnes se sont rendus dans le quartier Saint-Jacques où vit Alain P., un homme en obésité massive cloué au sol depuis plus de nombreux mois. Ils ont évalué la faisabilité de l’évacuation de ce patient qui pourrait intervenir rapidement. La Ligue contre l’obésité, qui s’est associée à la démarche judiciaire de son avocat pour tenter de faire bouger le dossier, reste attentive.

En fin de semaine dernière, une dizaine de personnes se sont rendus dans le quartier Saint-Jacques où vit Alain P., un homme en obésité massive cloué au sol depuis plus de nombreux mois. Ils ont évalué la faisabilité de l’évacuation de ce patient qui pourrait intervenir rapidement. La Ligue contre l’obésité, qui s’est associée à la démarche judiciaire de son avocat pour tenter de faire bouger le dossier, reste attentive.

Le calvaire d’Alain P. va-t-il prendre fin ? Depuis plusieurs jours, le cas de cet homme en obésité massive, cloué au sol depuis plusieurs mois dans un appartement déclaré insalubre du quartier Saint-Jacques à Perpignan, agite à nouveau les services de l’Etat, mais aussi les professionnels de santé. Une ‘’remobilisation’’ rapide probablement due aux démarches engagées par l’avocat du patient catalan auxquelles s’est associée, le mois dernier, la Ligue contre l’obésité (cliquez ici)
En milieu de semaine dernière, une dizaine de personnes, dont des professeurs du centre spécialisé obésité du CHU de Montpellier, un anesthésiste, des médecins de l’hôpital de Perpignan, des pompiers experts dans les sauvetages à risque, mais aussi les services du Département et de la mairie de Perpignan, ainsi qu’une chef d’entreprise d’engins de levage, se sont rendus au chevet du patient. Et ce, pour établir, en présence de Me Jean Codognès, l’avocat d’Alain P., un scénario d’évacuation et un diagnostic précis.



« La nécessité vitale d’extraire Alain P. au plus vite »

Selon le journal L’Indépendant qui a rendu compte de cette rencontre décisive au coeur du quartier Saint-Jacques, « le personnel médical aurait confirmé la nécessité vitale d’extraire Alain P. au plus vite pour des raisons morales et éthiques » (cliquez ici).
Cette position rejoint en tout point celle du médecin envoyé fin octobre par Me Codognès et la Ligue contre l’obésité afin d’estimer la situation sur un plan médical. Le praticien avait parlé alors de « péril imminent » (cliquez ici). Un élément déterminant qui d’ailleurs avait poussé l’avocat d’Alain P. et la Ligue contre l’obésité a déposé plainte contre X pour « non assistance à personne en danger et omission de porter secours à personne en péril » afin qu’Alain P. puisse bénéficier rapidement de soins. Des soins qu’il n’avait plus reçus depuis la mi-juillet 2020, date de la dernière visite d’un professionnel de santé.



Une grue spéciale et un conteneur dans le ciel pour l’évacuer

Évoquée en août, puis différée pour des raisons encore obscures, l’évacuation, délicate au plan médical et complexe au plan technique, pourrait donc avoir lieu très prochainement. Elle nécessitera la mise en place d’un dispositif très organisé dans l’une des rues les plus étroites du quartier Saint-Jacques, d’autant que l’immeuble dans lequel vit d’Alain P. apparaît comme insalubre et menace de s’effondrer.
Selon l’Indépendant, de nombreux intervenants devraient être mobilisés dans les jours à venir. L’opération de grande ampleur débutera par l’étayage du bâtiment et la destruction d’une partie de la façade.
Une grue spéciale interviendra. Au bout de sa flèche, elle soulevera un conteneur, le déplacera au-dessus des habitations pour le placer au niveau de l’appartement où loge Alain P.
Cette technique devrait permettre faire glisser le malade, en position assise dans un brancard bariatrique, jusqu’à l’intérieur du conteneur. Une équipe médicale le prendra en charge et l’évacuera vers le centre hospitalier de Montpellier qui a accepté de l’accueillir.
Selon le journal L’Indépendant, cette opération n’est toutefois pas sans risque. « Les chances de survie d’Alain P. lors de ce transfert ne sont, malheureusement, pas entières », écrit le quotidien catalan sur la foi du diagnostic des professionnels de santé dépêchés sur place.



Selon le préfet, « cette intervention comporte un risque vital »

De son côté, dans un courrier du 4 novembre 2020, la préfecture des Pyrénées-Orientales qui coordonne l’opération rappelle que « l’ensemble des services de l’Etat et de la ville de Perpignan ont oeuvré pour que la prise en charge de M. Alain P. se concrétise prochainement, et ce malgré le contexte peu favorable lié à la crise Covid qui mobilise les établissements sanitaires d’Occitanie ».
Dans le cadre des aspects sanitaires, le préfet évoque également la période qui suivra le passage du patient au CHU de Montpellier. « Il sera orienté vers le service de soins et de réadaptation d’une clinique spécialisée dans le traitement de l’obésité » en Haute-Garonne. Et le préfet de préciser que « malgré la mobilisation des équipes médicales, cette intervention comporte un risque vital important inhérent à la nature de l’intervention et à son état de santé, ainsi qu’au regard du risque de contamination liée au Covid ». Alain P., lui, a donné son accord pour quitter, après des mois de souffrance, son domicile natal.



« Cet exemple est symptomatique du drame de l’obésité »

Attentive au dossier, la Ligue contre l’obésité qui, le 26 octobre dernier, a alerté par courrier le Premier ministre Jean Castex et le ministre de la Santé Olivier Véran, souhaite qu’Alain P. reçoive enfin les soins qu’il aurait dû recevoir depuis bien longtemps. « On ne pouvait pas ne pas dénoncer cette situation inhumaine et inacceptable au XXIe siècle, explique la directrice Agnès Maurin. Si l’intervention de la Ligue contre l’obésité a pu aider à ce qu’on s’occupe enfin de lui, alors tant mieux car cela entre dans notre action quotidienne. »
Et la porte-parole de l’association nationale de préciser que « cet exemple est symptomatique du drame de l’obésité. J’espère qu’il va réveiller les consciences car c’est une maladie qui n’est pas reconnue par l’État comme une pathologie chronique, pas prise en charge, sans soins nécessaires. On peut arriver à des situations extrêmes comme celle-là, des cas d’autant plus invisibles pour la société que ce sont des petites gens, plus pauvres, plus isolés ».


Philippe PALAT


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