Dans son intervention du jeudi 14 janvier, le Premier ministre Jean Castex a annoncé le couvre-feu national à 18 h, mais aussi la vaccination plus rapide des personnes vulnérables. « C'est une question éthique et d'efficacité » a-t-il déclaré. Les personnes souffrant d’obésité pourrait se faire vacciner au début de la phase 2, c’est-à-dire fin février début mars.

Dans son intervention du jeudi 14 janvier, le Premier ministre Jean Castex a annoncé le couvre-feu national à 18 h, mais aussi la vaccination plus rapide des personnes vulnérables. « C’est une question éthique et d’efficacité » a-t-il déclaré. Pour autant, c’est encore le grand flou pour les personnes souffrant d’obésité de moins de 65 ans…

Décidément le calendrier de la vaccination des personnes souffrant d’obésité n’est pas un long fleuve tranquille. La levée de boucliers de nombreuses associations de patients vulnérables, parmi lesquelles la Ligue contre l’obésité, a-t-elle été entendue par le gouvernement ? (cliquez ici) Seule certitude aujourd’hui, le calendrier de vaccination concernant les personnes vulnérables vient de bouger une nouvelle fois.
Après avoir annoncé début décembre que les personnes en obésité seraient vaccinées durant la phase 2 (cliquez ici), le gouvernement a décalé dans le temps la vaccination des personnes vulnérables en les renvoyant dans une phase 3 plus tardive (cliquez ici). Ce qui a provoqué l’ire de la Ligue contre l’obésité et de plusieurs associations de patients qui estimaient que ce nouveau timing n’était pas tolérable au regard des risques encourus par des personnes qui, depuis le début de la pandémie, courent le risque de contracter une forme grave de la Covid-19.



Une note remise le jour même au ministre de la Santé par le conseil d’orientation de la stratégie vaccinale

Jeudi 14 janvier, à l’heure de la conférence presse au cours de laquelle il annoncé le couvre-feu du pays à partir de 18 h, le Premier ministre Jean Castex est donc revenu, une nouvelle fois, sur le calendrier de vaccination des personnes vulnérables. Avec un nouveau revirement à la clé : si l’ouverture de la vaccination à toutes les catégories n’est pas envisagée par le gouvernement, en revanche Jean Castex a expliqué « les personnes vulnérables sont les premières concernées. C’est une question éthique et d’efficacité » , a-t-il déclaré.
Cette décision fait notamment suite à la note relative à la vaccination « en très haute priorité des personnes à très haut risque » remise le jour même, c’est-à-dire le jeudi 14 janvier, au ministre des Solidarités et de la Santé par le conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, présidé par le professeur Alain Fischer (cliquez ici).



« Pourquoi oublier les obèses ? » s’étonne le professeur Zureik ?

La vaccination sera donc élargie dès ce lundi 18 janvier (1) aux personnes de tout âge avec une pathologie présentant de très haut risques de développer des formes graves du Covid-19. Comprendre : les hyper-vulnérables.
Quelles sont ces pathologies à très haut risques ? Le ministre de la Santé Olivier Véran a aussitôt précisé que cet élargissement de la vaccination concerne « 800 000 personnes avec, par exemple, des insuffisances rénales chronique, un cancer sous traitement, des transplantés d’organes et les personnes trisomiques » . Ces personnes auront besoin au préalable d’une ordonnance de leur médecin traitant, a ajouté le ministre Olivier Véran.
Quant aux personnes souffrant d’obésité – identifiées comme à risque par la Haute Autorité de Santé du 27 novembre 2020 (cliquez ici) – rien ne permet de dire pour l’instant qu’elles deviendront prioritaires, sans restriction d’âge. « Vacciner les personnes souffrant d’insuffisance rénale sévère, transplantées d’un organe, sous traitement pour un cancer ou encore celles atteintes de Trisomie 21, très bien, mais pourquoi oublier les malades cardiovasculaires, les diabétiques et les obèses ? » , s’étonne sur Twitter Mahmoud Zureik, professeur d’épidémiologie et de santé publique à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Il n’est pas le seul à ne pas comprendre pourquoi les personnes atteintes d’obésité n’entrent pas dans le champ des cas prioritaires.



« Le lien est avéré entre obésité et risque de complications de la Covid-19 »

Cette situation est d’autant plus incompréhensible qu’on peut lire sur le site du ministère de la Santé que « le lien est avéré entre obésité et risque de complications de la Covid-19, en raison des pathologies associées mais également indépendamment de celles-ci. Parce que les personnes en situation d’obésité font partie des populations reconnues vulnérables à la Covid-19, le ministère des Solidarités et de la Santé rappelle l’importance de la prévention et de la continuité de leur suivi médical » , écrit l’administration de M. Véran (cliquez ici).
Peut-on imaginer qu’en fonction de la disponibilité des vaccins et de l’accélération de la campagne vaccinale les personnes attentes d’obésité âgées de moins de 65 ans puissent intégrer la phase 2, c’est-à-dire celle qui concerne les 65 ans-74 ans, programmée pour fin février début mars ? Si l’information circule dans certains milieux sanitaires autorisés, rien n’est moins sûr…



Un chemin de la vaccination parsemé d’embûches

Entre les déclarations politiques qui promettent de prendre rapidement en compte les vulnérables et le calendrier pour l’instant inflexible concernant les personnes en obésité de moins de 65 ans, le flou subsiste toujours. Sans doute est-il lié à la disponibilité du vaccin.
N’empêche : le gouvernement, qui vient de prendre en considération la situation difficile des hyper-vulnérables, devrait avoir conscience de celle des personnes souffrant d’obésité. Surtout quand on sait que « plus de 47 % des patients infectés entrant en réanimation sont en situation d’obésité et la forme sévère (à savoir un IMC supérieur à 35) augmente significativement le risque d’être placé sous respiration mécanique invasive, indépendamment de l’âge, de l’hypertension artérielle et du diabète » , souligne le ministère de la Santé.
Si l’obésité constitue une souffrance et une menace pour la santé en ces temps de pandémie de la Covid-19, le chemin de la vaccination, lui, reste parsemé décidément d’embûches.



Philippe PALAT


(1) Lundi 18 janvier, la vaccination sera aussi ouverte, comme prévue, à toutes les personnes de plus de 75 ans, présentant ou non une ou des pathologies chroniques.


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