Agnès Maurin, la directrice générale de la Ligue contre l’obésité et Mélanie Delozé, secrétaire générale et directrice scientifique de l’association, ont répondu, mercredi 21 octobre, aux questions de la présidente Elisabeth Toutut-Picard et de la rapporteure Sandrine Josso sur la perception et la place de l’obésité dans les politiques de santé publique. Il a été notamment question de l’impact des perturbateurs endocriniens. Morceaux choisis.

Agnès Maurin, la directrice générale de la Ligue contre l’obésité et Mélanie Delozé, secrétaire générale et directrice scientifique de l’association, ont répondu, mercredi 21 octobre, aux questions de la présidente Elisabeth Toutut-Picard et de la rapporteure Sandrine Josso sur la perception et la place de l’obésité dans les politiques de santé publique. Il a été notamment question de l’impact des perturbateurs endocriniens. Morceaux choisis.

« Il s’agit de porter la parole de 7 millions de nos compatriotes puisque la maladie obésité, très mal connue en France, concerne 15% de la population française adulte ». C’est par ces mots qu’Agnès Maurin, la directrice générale de la Ligue contre l’obésité s’est adressée, mercredi 21 octobre, aux membres de la Commission d’enquête sur l’évaluation des politiques publiques de santé environnementale (1).
Auditionnées à l’Assemblée nationale sur le lien entre obésité et santé environnementale, la responsable nationale de la Ligue contre l’obésité et Mélanie Delozé, secrétaire générale et directrice scientifique de l’association ont, pendant plus d’une heure, développé leur point de vue et défendu leurs positions devant la présidente Elisabeth Toutut-Picard, députée de Haute-Garonne, et la députée de Loire-Atlantique Sandrine Josso, initiatrice et rapporteure de cette Commission d’enquête (voir la vidéo).



« Le développement de l’obésité dans le monde est lié à notre modèle sociétal »

Au cours de sa démonstration, la Ligue contre l’obésité a particulièrement insisté sur l’impact des perturbateurs endocriniens, des pesticides, de la pollution, du bruit, de la densité urbaine, de la lumière artificielle la nuit qui perturbe le sommeil, etc. « L’obésité se définit comme une maladie du tissu adipeux qui est considéré par les professionnels de santé comme un organe, a précisé d’emblée Agnès Maurin. Ce n’est pas simplement de la graisse répartie en divers endroits du corps. Sous l’influence de nombreux facteurs, ce tissu adipeux développe plus ou moins d’adipocytes qui sont des cellules graisseuses. »
Fidèle à sa mission, la Ligue contre l’obésité a rappelé aux membres de la Commission d’enquête qu’elle militait pour combattre les idées reçues. « Il n’est pas nécessaire d’ingérer des calories pour créer de la graisse. Cela peut se faire sous d’autres conditions comme, par exemple, les perturbateurs endocriniens. Ces facteurs sont des obésogènes. Ils agissent sur les gènes, sur notre épigénome et sur notre microbiote intestinal. » Et Agnès Maurin d’expliquer que « le développement de l’obésité dans le monde est lié à notre modèle de sociétal. Si les maladies infectieuses sont de mieux en mieux guéries, elles ont fait place à des maladies chroniques comme l’obésité. Une maladie qui a triplé en quarante ans en France puisqu’on comptait 5,30 % des Français atteints en 1981 contre 15% en 2012. »



La vulnérabilité face à la Covid-19

Lors de cette audition, les représentantes de la Ligue contre l’obésité ont également contextualisé la problématique de l’obésité. « La crise sanitaire que nous vivons fait la démonstration que l’obésité est une maladie fragilisante car les personnes souffrant de cette pathologie ont une charge virale à la Covid-19 bien plus forte, bien plus longue dans le temps et donc bien plus dangereuse. Le président de la République l’a d’ailleurs cité dans ses discours à deux reprises le 12 mars et le 14 octobre (cliquez ici et ici). Il a insisté sur l’extrême vulnérabilité des patients souffrant d’obésité », a rappelé la directrice de la Ligue. En effet, deux-tiers des patients qui se retrouvent en réanimation souffrent d’obésité, tandis qu’une étude réalisée par l’hôpital Georges-Pompidou à Paris a démontré que l’obésité double la mortalité (cliquez ici). « Cela s’explique, entre autre, par le fait que l’obésité est une inflammation des tissus adipeux qui affaiblit nos défenses immunitaires et qui permet au virus de bien mieux circuler », a souligné Mme Maurin.



« On retrouve des obésogènes dans l’industriel textile, le papier, les plastiques, les pesticides… »

Mélanie Delozé a, de son côté, développé l’aspect des recherches scientifiques. « L’exposition aux produits chimiques contribuent de façon importante à l’épidémie d’obésité. De nombreuses études éclairent sur les mécanismes d’action des obésogènes sur l’augmentation à la prédisposition à l’obésité, a-t-elle précisé. Les premières études remontent à vingt ans. C’est le professeur américain Jerry Heindel qui, en 2003, émet le premier l’hypothèse que les perturbateurs endocriniens ont une influence sur l’obésité puisque le stockage des graisses, le contrôle de l’appétit et de la satiété, le métabolisme de base sont régulés par le système endocrinien. » Et Mme Delozé de rappeler qu’à partir de cette date, les produits chimiques favorisant l’adipogénèse ont été appelés obésogènes.
Des obésogènes que l’on les retrouve dans l’industrie textile, dans la peinture des bateaux, les pesticides, les cosmétiques, dans l’industrie papier, dans certains additifs alimentaires, dans les plastiques. « Ces obésogènes affectent la composition du microbiote intestinal, ils perturbent le système endocrinien, notamment le contrôle de l’appétit et de la satiété, ils utilisent les récepteurs hormonaux pour favoriser le développement des adipocytes, ils favorisent le stockage des calories en réduisant le métabolisme de base, a détaillé la directrice scientifique de la Ligue contre l’obésité. Ils contribuent à la résistance à l’insuline et ils entretiennent l’inflammation chronique du tissu adipeux, néfaste on l’a vu, durant la crise de la Covid-19. »



Le danger transgénérationnel

L’occasion pour elle d’indiquer qu’une action urgente de santé publique doit être menée car il existe des effets transgénérationnels de l’exposition aux obésogènes. « Les altérations physio-pathologique induites par les perturbateurs endocriniens obésogènes peuvent être programmées génétiquement dés le stade fœtal, se déclarer des années plus tard, et être transmises aux générations futures », a commenté Mélanie Delozé devant les membres de la Commission d’enquête. D’où l’importance d’intégrer l’obésité dans les travaux actuels sur les fameux 1 000 jours déterminants pour le développement futur de l’enfant.
Au fil de l’audition, les représentantes de la Ligue se sont évertuées à distinguer l’obésité du surpoids. « L’obésité est traitée à travers des messages de santé publique qui ne parlent que d’alimentation et d’activité physique. Elle n’a rien à faire dans les Plans nationaux nutrition santé, car l’obésité est une maladie. C’est même dangereux de l’intégrer dans ces dispositifs car cela ne fait que stigmatiser un comportement », a martelé Agnès Maurin.
De son côté, Mélanie Delozé a insisté sur le fait que les médecins, dont les études durent de sept à huit ans, ne bénéficient que de « quatre heures de cours sur l’obésité au cours de leur long cursus ».
Autre sujet abordé, la grossophobie. « Les personnes en situation d’obésité sont stigmatisées car la plupart des gens pensent que c’est de leur faute s’ils ont cette corpulence ». Une discrimination qui concerne également le secteur médical, « le plus souvent par méconnaissance de la maladie », estime Agnès Maurin.


Philippe PALAT


(1) En France, la santé environnementale constitue l’une des cinq préoccupations majeures de santé publique reconnues par la Loi de Santé publique de 2004, qui prévoit aussi l’élaboration de Plans nationaux de prévention des risques pour la santé liés à l’environnement (PNSE).
On considère aujourd’hui que l’environnement dégradé constitue l’une des toutes premières causes de mortalité en France.
Globalement, les menaces environnementales qui pèsent sur la santé peuvent être regroupées en quatre grandes familles : les impacts déjà mesurables du changement climatique, la pollution de l’air intérieur et extérieur et les nuisances sonores, l’exposition aux substances chimiques et l’exposition aux rayonnements (radioactivité naturelle, radioactivité artificielle, radiofréquences, etc.).

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