Pour la première fois en France, les données d’une étude menée sur 5 800 patients hospitalisés à Paris montrent que l'obésité est liée à la mortalité chez les personnes atteintes de la Covid-19. Ces résultats illustrent l’extrême fragilité des patients en situation d’obésité face au coronavirus.

Pour la première fois en France, les données d’une étude menée sur 5 800 patients hospitalisés à Paris montrent que l’obésité est liée à la mortalité chez les personnes atteintes de la Covid-19. Ces résultats illustrent l’extrême fragilité des patients en situation d’obésité face au coronavirus.

C’est une étude française qui fait froid dans le dos. La première du genre. Si des travaux antérieurs ont largement montré que les personnes souffrant d’obésité courraient un risque supérieur d’être hospitalisées en réanimation et d’être ventilées en comparaison aux patients qui affichaient un poids standard, il n’existait pas d’étude française sur la mortalité de ces patients.
Pour la première fois en France, une étude de cohorte prospective coordonnée par le professeur Sébastien Czernichow, chef du service de Nutrition de l’hôpital européen Georges-Pompidou a évalué le risque de décès chez les patients en situation d’obésité hospitalisés pour une infection au SARS-CoV-2.
« Cette vaste étude examine le rôle de l’obésité sur le risque de mortalité à 30 jours chez les patients hospitalisés pour une infection au Covid-19 dans l’un des 39 hôpitaux publics universitaires de la région parisienne, écrit l’auteur de l’étude. Nous avons montré que l’obésité était un facteur de pronostic majeur, indépendamment des comorbidités chroniques connues ».



Des patients âgés de 18 à 79 ans

Conduite en lien avec le docteur Anne-Sophie Jeannot, spécialiste en santé publique et le service de réanimation médicale, cette étude a exploré le lien entre le statut pondéral et le risque de décès à 30 jours chez les patients hospitalisés pour la Covid-19.
S’appuyant sur l’Entrepôt de données de santé (EDS) – Covid, constitué durant l’épidémie, cette étude collaborative a pu accéder à l’Indice de masse corporelle (IMC), aux données clinico-biologiques et au statut vital des patients hospitalisés.
Cette analyse a été menée chez 5 795 patients de 18 à 79 ans hospitalisés à l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris) entre le 1er février et le 30 avril 2020.



La mortalité des patients hospitalisés pour Covid-19 est deux fois plus importante, quel que soit l’âge

L’étude a montré que, selon le ‘’odds ratio’’, ou rapport des chances, le risque de décès à 30 jours associé à un IMC de 30-35 était de 1,89.
Pour les patients avec un IMC 35-40, ce rapport atteignait 2,79, alors que pour les patients en obésité massive (IMC>40), il se situait à 2,55.
Au total, 891 décès sont survenus dans les 30 jours après l’hospitalisation. Des résultats qui font dire au professeur Czernichow qu’en cas d’obésité, la mortalité des patients hospitalisés pour Covid-19 est deux fois plus importante, quel que soit l’âge.
« Ces résultats sont indépendants des principaux facteurs de risque cardio-métaboliques connus, de même que de l’âge des patients, écrit le professeur Sébastien Czernichow dans l’étude publiée en ligne et parue récemment dans la revue Obesity. Ces résultats illustrent la fragilité de cette population de patients en situation d’obésité.»
Selon les auteurs de l’étude, la présence ou l’absence de facteurs de risque cardiométaboliques n’a pas modifié le risque de mortalité accru.
Cette conclusion s’inscrit dans le droit fil des résultats de la méta-analyse internationale pilotée par l’Université américaine de Caroline du Nord auprès de 400 000 patients (cliquez ici) et dont les données ont été publiées fin août.



Pourquoi ce pire taux de survie

Pour l’équipe du professeur Czernichow, plusieurs hypothèses peuvent être avancées pour expliquer ce pire taux de survie chez les personnes souffrant d’obésité par rapport aux personnes sans obésité. Parmi elles, l’augmentation de l’état inflammatoire qui provoque un dysfonctionnement du micro-environnement adipeux, l’environnement cytokinique dérégulé qui explique la défaillance d’organes multiples et les troubles respiratoires.



Bientôt une étude qui prend en compte la chirurgie bariatrique

En commentaire, le professeur Czernichow estime que dans le contexte d’un blocage mondial de la pandémie de Covid-19, « l’effet néfaste de l’accumulation d’un mode de vie sédentaire et d’une augmentation de la consommation alimentaire aggravera la qualité de vie, le risque de dépression et la mortalité mondiale chez les patients fragiles souffrant d’obésité sévère. Ainsi, les personnes obèses en contexte de pandémie Covid-19 nécessitent une prise en charge personnalisée », poursuit-il avant d’évoquer les prochains résultats d’une autre étude.
Des travaux complémentaires visent à étudier le risque associé au décès par Covid-19 chez les patients ayant un antécédent de chirurgie de l’obésité sont en cours.

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