Surpoids, obésité et carences nutritionnelles : une équation paradoxale qui bouscule les idées reçues

Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) plus de 40 millions d’enfants de moins de 5 ans sont en surpoids. Parmi les risques auxquels sont exposés ces jeunes enfants, figure, de façon souvent méconnue, celui des carences nutritionnelles. A l’occasion du e-Congrès de médecine générale de France qui s’est déroulé début juillet, des spécialistes de la nutrition ont fait le point.


Un enfant peut souffrir d’obésité et être en carences nutritionnelles. Pour expliquer ce paradoxe, le professeur Béatrice Dubern, gastro-pédiatre dans le service de nutrition et gastroentérologie pédiatriques de l’hôpital Armand-Trousseau à Paris a récemment planté le décor lors d’un symposium. « Chez ces enfants, qui ont une appétence pour des produits à forte densité énergétique, on observe très souvent des carences nutritionnelles sous-jacentes malgré l’excès de consommation énergétique. Les carences nutritionnelles les plus fréquentes sont les carences martiales en fer, en vitamine D, ainsi qu’en calcium et autres vitamines B12, C », a-t-elle déclaré lors de l’e-Congrès de médecine générale qui s’est déroulé le 2 et 3 juillet.
Cette rencontre organisée par le Centre national interprofessionnel de l’économie laitière (CNIEL) a réuni des experts de la nutrition autour de la question des carences nutritionnelles chez les sujets en surpoids, et plus particulièrement chez les enfants et adolescents en situation d’obésité (1).


« Les carences en fer et en vitamine D peuvent entraîner l’obésité »

Dans son intervention, le professeur Dubern a rappelé que « ces vitamines et oligoéléments sont essentiels au bon fonctionnement de l’organisme. Les carences en fer (présent dans la viande, les poissons et les légumes secs) et vitamine D (poissons gras, œufs et produits laitiers non écrémés) peuvent, entre autres, on le sait, entraîner une anémie, favoriser le risque d’infections ou encore d’obésité ».
Afin de déceler les carences en fer, Béatrice Dubern recommande un bilan nutritionnel (hémogramme et dosage de la ferritine) une fois par an chez les enfants en situation de surpoids ou d’obésité. Selon elle, il est également pertinent de doser la vitamine D (carence si < 20 ng/ml) afin d’envisager une supplémentation.
En revanche, selon le professeur, le dosage du calcium n’est pas recommandé car « il ne reflète pas les situations de carences qui sont plutôt décelées par le dosage de la vitamine D et de la parathormone (PTH) qui régule le métabolisme calcique ».
Pour rappel, la consommation journalière recommandée de calcium est de : 500 mg/j pour les 1 à 3 ans, 700 mg/j pour les 4-6 ans et 900 mg/j pour les 7-9 ans, puis de 1200 mg/j de 10 à 19 ans.



Le phénomène préoccupant du désamour pour le lait

Initié par le CNIEL, ce symposium a également permis de faire le point sur la consommation de lait, notamment chez les plus jeunes générations. Et de constater que, depuis une dizaine d’années, le lait et les produits laitiers, principales sources de calcium, sont de moins en moins consommés et ce dès la petite enfance.
Cette désaffectation pour le lait trouve son origine dans plusieurs facteurs, notamment dans les controverses sur la qualité du lait ou son véritable impact sur la santé. Mais les experts expliquent en partie ce phénomène par le désengagement parental dans la préparation du petit déjeuner qui, soit n’est pas du tout pris, soit est composé par les enfants eux-mêmes.« Cette baisse de la consommation de lait et de produits laitiers est encore plus marquée et préoccupante chez l’adolescent. Lors de la préadolescence puis de l’adolescence, l’enfant va rechercher une plus grande autonomie et l’appropriation de son propre panel alimentaire et ressent le besoin de s’éloigner du modèle alimentaire familial […] Les modifications alimentaires peuvent amener à une insuffisance d’apports de protéines et de calcium et représenter des carences. Il faut comprendre les modifications de leur régime alimentaire en termes qualitatifs et quantitatifs pour être force de proposition afin d’intégrer sous une autre forme les protéines, le fer et le calcium à leur repas » analyse et préconise Hélène Chantereau, diététicienne-nutritionniste au sein du même service de l’hôpital parisien Armand-Trousseau.


(1) Ce symposium numérique qui s’est déroulé début juillet s’intègre dans la campagne d’information du CNIEL (cofinancée par l’Union Européenne) dont le but est d’encourager une alimentation équilibrée et la pratique d’une activité physique afin de prévenir le surpoids et l’obésité.


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