Des scientifiques du Centre national espagnol de recherche sur le cancer ont découvert de nouvelles preuves qu’un médicament utilisé comme les maladies cardiaques a un impact bénéfique sur l’obésité. Des souris soumises au traitement ont perdu jusqu’à 40% de leur poids.

Des scientifiques du Centre national espagnol de recherche sur le cancer ont découvert de nouvelles preuves qu’un médicament utilisé comme les maladies cardiaques a un impact bénéfique sur l’obésité. Des souris soumises au traitement ont perdu jusqu’à 40% de leur poids.

La recherche contre l’obésité se poursuit tous azimuts. De nombreux scientifiques dans le monde tentent de démêler la relation complexe entre l’inflammation et l’obésité. Parmi ces experts, un groupe de scientifiques du Centre national espagnol de recherche sur le cancer travaille depuis plusieurs années sur un lien potentiel entre un médicament utilisé contre les maladies cardiaques et la perte de poids.
En cette mi-avril 2021, ce groupe de chercheurs vient de publier dans la revue Nature Metabolism les résultats de leur nouvelle étude impliquant des souris en surpoids et ce médicament. Ils estiment avoir trouvé de nouvelles données prouvant que les deux sont étroitement liés.
Selon les chercheurs espagnols, les rongeurs obèses traités avec le médicament ont enregistré une perte de poids allant jusqu’à 40% tout en continuant à être soumis à une alimentation riche en calories.



Les chercheurs ont testé un médicament, la digoxine

L’étude a été réalisée par les mêmes scientifiques du Centre de recherche sur le cancer qui avaient, il y a cinq ans, déjà fait une découverte intéressante. A l’époque, l’équipe étudiait la relation entre l’inflammation et le cancer du foie chez la souris. Lors de ces expériences antérieures, les souris ont perdu du poids.
Les scientifiques soupçonnaient alors qu’une molécule (1) appelée interleukine 17A, ou IL-17A, qui est connue pour déclencher l’inflammation, pourrait jouer un rôle. Les chercheurs ont alors testé un médicament, la digoxine (2), connu pour inhiber son activité.
Ce médicament est déjà utilisé comme traitement pour lutter contre diverses affections cardiaques, mais ses effets sur le poids corporel n’avaient pas encore été observés. Les scientifiques espagnols ont pensé que l’utilisation de la digoxine pour supprimer l’activité IL-17A pourrait conduire à la perte de poids chez la souris.



Combustion de la graisse excédentaire et à l’inversion totale de l’obésité

Pour explorer cette possibilité, les chercheurs ont utilisé des souris soumises à un régime riche en calories. Ils les ont traitées avec de la digoxine, ce qui a réduit leur production d’IL-17A.
Tandis que les souris ont continué à être alimentées par des régimes malsains, elles ont exhibé une activation de leur métabolisme basal, qui a mené à la combustion de la graisse excédentaire et à l’inversion totale de l’obésité.
Ces souris en surpoids ont rapidement obtenu le même poids que les souris témoins saines sur les régimes réguliers, sans effets secondaires négatifs et les avantages observés pendant au moins huit mois. « Lorsque vous inhibez la production d’IL-17A ou la voie de signalisation que cette molécule active, vous n’avez pas d’obésité », explique Nabil Djouder, qui a dirigé l’équipe de recherche.
Selon les scientifiques, les expériences ont montré que l’IL-17A agit directement sur les tissus adipeux non seulement pour stimuler l’obésité, mais conduit également à des changements métaboliques synonymes de conditions connexes telles que le diabète de type 2, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires.


« La molécule IL-17A agit directement sur les adipocytes »

« Il est tentant de proposer que les patients en obésité pourraient prendre de la digoxine pendant une courte période jusqu’à ce que la perte de poids se stabilise, puis suivre une alimentation saine, explique Ana Teijeiro, premier auteur de l’article. Le médicament pourrait également être indiqué pour les pathologies liées à l’obésité, telles que l’hypercholestérolémie, la stéatose hépatique et le diabète de type 2. »
Bien que les résultats soient prometteurs, les effets de la digoxine n’ont été, à ce jour, observés que chez la souris. Selon les scientifiques, il reste encore beaucoup de travail pour déterminer son véritable potentiel chez l’homme.
Si la valeur de cette recherche réside dans le potentiel direct de perte de poids de la digoxine, la compréhension de la façon dont l’inflammation et l’obésité sont connectés reste à découvrir. « Grâce à cette étude, nous savons que la perte de poids et les changements métaboliques systémiques sont contrôlés par un mécanisme moléculaire unique. La molécule IL-17A agit directement sur les adipocytes et modifie leur profil génétique et leur réactivité à l’excès de nutriments », explique Nabil Djouder.



Philippe PALAT

(1) Les interleukines (IL) sont un groupe de cytokines, ainsi nommées car les premières observations semblaient montrer qu’elles étaient exprimées par les globules blancs (leucocytes).

(2) La digoxine est un glycoside cardiotonique extrait de la feuille de la digitale laineuse. Il fait partie de la classe des digitaliques. Elle est utilisée dans le traitement de diverses affections du coeur, mais son indication tend à se restreindre.

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