Les résultats de la recherche dirigée par une équipe de l’hôpital universitaire Rockefeller de New York démontrent que la graisse brune aiderait à réduire le risque de troubles cardiaques et métaboliques, y compris le diabète sucré de type 2 et les maladies coronariennes. Mieux : la graisse brune pourrait atténuer les effets négatifs de l’obésité sur la santé.

Les résultats de la recherche dirigée par une équipe de l’hôpital universitaire Rockefeller de New York démontrent que la graisse brune aiderait à réduire le risque de troubles cardiaques et métaboliques, y compris le diabète sucré de type 2 et les maladies coronariennes. Mieux : la graisse brune pourrait atténuer les effets négatifs de l’obésité sur la santé.

La graisse brune chez l’homme est-elle liée à l’amélioration de la santé cardiométabolique ? Et si oui, la graisse brune peut-elle être un allié des personnes atteintes d’obésité ?
On le sait déjà, parmi les cellules du tissu adipeux, les adipocytes bruns ont tendance à consommer des graisses au contraire des adipocytes blancs qui les stockent. En effet, contrairement aux graisses blanches, les graisses brunes brûlent l’énergie et les scientifiques espèrent qu’elles pourraient détenir la clé de nouveaux traitements contre l’obésité.
Durant longtemps, il a été difficile de savoir si les personnes qui vivaient avec suffisamment de graisse brune profitaient d’une meilleure santé. Notamment parce qu’il était compliqué d’identifier de telles personnes en raison de la difficulté à détecter la graisse brune cachée profondément à l’intérieur du corps.



« Cibler les graisses brunes à des fins thérapeutiques »

Une nouvelle étude publiée récemment dans Nature Medicine semble offrir des preuves solides de la réalité des bienfaits de la graisse brune. Parmi plus de 52 000 participants, ceux qui possédaient de la graisse brune détectable étaient moins susceptibles que leurs pairs de souffrir de maladies cardiaques et métaboliques allant du diabète de type 2 aux maladies coronariennes.
L’étude confirme donc, mais élargit également, l’hypothèse des bienfaits pour la santé de la graisse brune déjà suggérés par des recherches antérieures. « Pour la première fois, il révèle un lien vers une réduction du risque de certaines conditions pathologiques, explique Paul Cohen, professeur adjoint et médecin traitant principal à l’hôpital universitaire Rockefeller à New York. Ces résultats nous rendent plus confiants quant au potentiel de cibler les graisses brunes à des fins thérapeutiques. »



Les personnes en situation d’obésité protégées « contre les effets nocifs de la graisse blanche »

Pour les besoins de leur étude, les chercheurs ont passé en revue 130 000 scans de plus de 52 000 patients (1). Ils ont constaté la présence de graisse brune chez près de 10 % des individus. Selon les scientifiques, plusieurs maladies courantes et chroniques étaient moins répandues chez les personnes atteintes de graisse brune détectable.
Par exemple, seulement 4,6% avaient un diabète de type 2, comparativement à 9,5% des personnes qui n’avaient pas de gras brun détectable.
De même, 18,9% avaient un taux anormal de cholestérol, comparativement à 22,2% chez ceux qui n’avaient pas de gras brun.
En outre, l’étude indiqué trois autres conditions pour lesquelles les personnes avec la graisse brune ont le plus faible risque : hypertension, insuffisance cardiaque congestive et maladie de l’artère coronaire. Autant de liens qui n’avaient pas été observés dans des études précédentes.
Autre conclusion surprenante des chercheurs : la graisse brune peut atténuer les effets négatifs de l’obésité sur la santé. En général, le risque de maladies cardiaques et métaboliques augmentent chez les personnes en situation d’obésité, mais les chercheurs ont constaté que parmi les personnes souffrant d’obésité qui possèdent de la graisse brune, la prévalence de ces conditions était similaire à celle des personnes non obèses. « Il semble presque qu’ils sont protégés contre les effets nocifs de la graisse blanche », souligne le professeur Cohen.



Peut-être que la graisse brune participe à la signalisation hormonale

Si les mécanismes réels par lesquels la graisse brune peut contribuer à une meilleure santé ne sont encore très clairs, il existe toutefois quelques indices. Par exemple, les cellules brunes adipeuses consomment du glucose afin de brûler des calories.
Selon les experts de l’hôpital universitaire Rockefeller, il est possible que cela abaisse les niveaux de glucose sanguin, un facteur de risque majeur de développement du diabète.
Le rôle de la graisse brune est plus mystérieux dans d’autres conditions comme l’hypertension, qui est étroitement liée au système hormonal. « Nous envisageons la possibilité que les tissus adipeux bruns font plus que de consommer du glucose et brûler des calories. Peut-être qu’ils participent effectivement à la signalisation hormonale à d’autres organes », commente le professeur Cohen.



Stimuler l’activité des graisses brunes afin de traiter l’obésité

L’équipe prévoit d’étudier plus avant la biologie de la graisse brune, y compris en recherchant des variantes génétiques qui peuvent expliquer pourquoi certaines personnes en possèdent plus que d’autres.
Selon ces chercheurs américains, cela pourrait constituer les premiers pas possibles vers le développement de moyens pharmacologiques pour stimuler l’activité des graisses brunes afin de traiter l’obésité et les affections connexes. « La question naturelle que tout le monde se pose est ‘’Que puis-je faire pour obtenir plus de graisse brune’’. ? Nous n’avons pas encore de bonne réponse à cette question, mais ce sera un espace passionnant à explorer pour les scientifiques au cours des prochaines années », conclut le professeur de l’hôpital Rockfeller.


Philippe PALAT

(1) Difficilement détectable, la graisse brune a été localisée chez les patients à l’aide de scanners utilisés pour l’évaluation du cancer. Ce procédé permet de détecter la graisse brune et de s’assurer qu’elle n’est pas confondue avec une tumeur.

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