Dans une étude menée sur près de 15 000 enfants américains, les chercheurs de la Clinique Mayo ont constaté que l’exposition précoce aux antibiotiques est associée à l’apparition de plusieurs maladies ou affections, allant des allergies à l’obésité.

Dans une étude menée sur près de 15 000 enfants américains, les chercheurs de la Clinique Mayo ont constaté que l’exposition précoce aux antibiotiques est associée à l’apparition de plusieurs maladies ou affections, allant des allergies à l’obésité.

Les enfants de moins de 2 ans qui prennent des antibiotiques sont plus à risque de certaines maladies comme l’asthme infantile, les allergies respiratoires, mais aussi d’obésité. Alors que des études antérieures ont examiné l’association des antibiotiques avec des maladies individuelles, c’est la première fois qu’une étude examine l’association des antibiotiques à travers de nombreuses pathologies.
Cette étude américaine a été menée par la Clinique Mayo à l’aide des dossiers de santé du Rochester Epidemiology Project (1). Grâce à une collaboration de recherche basée sur la population des états du Minnesota et du Wisconsin, les chercheurs ont analysé les données de 14 572 enfants (7 026 filles et 7 546 garçons).
Parmi ces enfants, environ 70 % d’entre eux ont reçu au moins un traitement avec des antibiotiques contre la maladie avant l’âge de 2 ans. Première constatation : les enfants recevant plusieurs traitements antibiotiques sont plus susceptibles d’avoir de multiples maladies ou affections plus tard dans l’enfance.
Selon l’étude américaine, les types et la fréquence de la maladie varient selon l’âge, le type de médicament, la dose et le nombre de doses. Les chercheurs notent aussi quelques différences entre les garçons et les filles.



Recevoir trois ou quatre ordonnances a été associé à l’obésité chez les garçons

Selon les experts américains, les conditions associées à l’utilisation précoce des antibiotiques comprennent l’asthme, la rhinite allergique, les problèmes de poids et l’obésité, les allergies alimentaires, le trouble d’hyperactivité avec déficit de l’attention, la maladie coeliaque et la dermatite atopique. « Parmi les enfants qui ont reçu une ou deux ordonnances, seules les filles présentent un risque significativement plus élevé de développer l’asthme et la maladie coeliaque par rapport à celles non exposées, écrivent le professeur LeBrasseur et son équipe. En revanche, recevoir trois à quatre ordonnances a été associé à une incidence plus élevée d’asthme, de dermatite atopique, et de surpoids dans les deux sexes, de TDAH (Trouble de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) et de maladie coeliaque chez les filles, et d’obésité chez les garçons. »
Les bébés des deux sexes qui ont reçu cinq ordonnances ou plus ont « un risque significativement plus élevé de développer l’asthme, la rhinite allergique, le surpoids, l’obésité et le TDAH », selon l’étude.



« Une étude qui montre l’association et non la causalité »

Les auteurs spéculent que même si les antibiotiques peuvent seulement affecter transitoirement le microbiome, la collecte de microbes dans le corps, ceci peut avoir des conséquences à long terme de santé. Par exemple, l’étude a révélé que la pénicilline, l’un des antibiotiques les plus couramment prescrits, était associée à « un risque accru d’asthme et de surpoids chez les deux sexes, de la maladie coeliaque et du TDAH chez les filles, et de l’obésité chez les garçons, alors qu’ils étaient associés à une réduction du risque d’autisme chez les filles », soulignent les chercheurs américains.
« Nous tenons à souligner que cette étude montre l’association, et non la causalité, de ces conditions », explique le professeur Nathan LeBrasseur, auteur principal de l’étude et chercheur au Centre Robert et Arlene Kogod de la Clinique Mayo sur le vieillissement. « Ces résultats offrent l’occasion de cibler la recherche future afin de déterminer des approches plus fiables et plus sûres en matière de calendrier, de d’analyse et de types d’antibiotiques pour les enfants de ce groupe d’âge. »



L’antibiotique perturbe la bactérie dans l’intestin d’un bébé, et donc son microbiome

Si les antibiotiques ont un tel impact, c’est du côté du microbiome qu’il faut sans doute chercher ? En effet, les chercheurs n’excluent pas que l’antibiotique perturbe la bactérie dans l’intestin d’un bébé, qui est nécessaire pour le bon développement du système immunitaire, au développement neuronal, à la composition corporelle et au métabolisme.
« Les antibiotiques ne font pas de distinction entre les ‘’bonnes’’ et les ‘’mauvaises’’ bactéries dans le tube digestif, les tuant toutes et laissant l’intestin sans la distribution appropriée de microbiome. Nous avons besoin de certaines bactéries pour absorber les nutriments, décomposer les aliments dans les intestins et protéger l’ensemble du système digestif contre les agents pathogènes », commentent les scientifiques de la Clinique Mayo.
« Réduire au minimum l’utilisation d’antibiotiques peut être utile pour prévenir la résistance aux antibiotiques, mais il peut y avoir un rôle à jouer dans la préservation du microbiome basé sur cette étude », a déclaré, de son côté, le docteur Jennifer Shu, pédiatre et auteure du livre Baby and Child Health (La santé du bébé et de l’enfant).

(1) Le projet d’épidémiologie de Rochester est une infrastructure américaine de recherche unique de couplage d’enregistrements qui existe depuis 1966 et permet la recherche médicale basée sur la population dans le comté d’Olmsted, au Minnesota.


Philippe PALAT


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