Si le stress psychologique aigu peut conduire à l’inflammation, les mécanismes derrière cette réaction restent peu clairs. Dans une nouvelle étude américaine sur la souris, les chercheurs de l’université américaine de Yale révèlent que ce processus inflammatoire peut provenir de cellules adipeuses brunes.

Si le stress psychologique aigu peut conduire à l’inflammation, les mécanismes derrière cette réaction restent peu clairs. Dans une nouvelle étude américaine sur la souris, les chercheurs de l’université américaine de Yale révèlent que ce processus inflammatoire peut provenir de cellules adipeuses brunes.

Comment le stress peut-il aggraver les problèmes de santé tels que le diabète, les maladies auto-immunes, la dépression ou l’anxiété ? Cette question taraude d’autant plus les chercheurs que les hormones de stress comme le cortisol (1) ou l’adrénaline (2) diminuent généralement l’inflammation. En effet, ces deux hormones dites « de combat » constituent une réponse au stress et déclenchent une mobilisation métabolique massive qui fournit du carburant à l’organisme pour affronter les menaces. « En milieu médical, nous avons tous vu des événements super-stressants qui aggravent la maladie inflammatoire, et cela n’a jamais eu de sens pour nous », a déclaré le docteur Andrew Wang, professeur adjoint de médecine interne et d’immunobiologie à l’université de Yale, aux Etats-Unis.
Face à cette interrogation, il a lancé une série de recherches qui viennent d’aboutir à la publication d’une récente étude. Cette enquête scientifique vient de révéler que c’était une cellule du système immunitaire – la cytokine interleukine-6 (IL-6) – qui déclenche l’inflammation en période de stress.
Publiés dans la revue médicale Cell, les résultats de cette analyse démontrent également que IL-6 joue un rôle dans les maladies auto-immunes, le cancer, l’obésité, le diabète, la dépression et l’anxiété.



Un prélèvement de sang qui montre de niveaux accrus de la cytokine

Les chercheurs ont commencé à étudier le rôle de l’IL-6 dans le stress après une simple observation : lorsqu’ils ont prélevé du sang sur des souris, procédure très stressante pour ces animaux, le sang a montré des niveaux accrus de la cytokine (3).
Conçue par Hua Qing, associé postdoctoral à l’école de médecine de Yale et Reina Desrouleaux, étudiante diplômée en biologie et en sciences biomédicales, une série d’expériences sur des souris a été réalisée dans le laboratoire du docteur Wang. L’équipe a alors découvert que l’IL-6, qui est habituellement sécrétée en réponse aux infections, a été induite par le stress seul. Pire : il a aggravé les réponses inflammatoires chez les animaux stressés.



IL-6 aide à augmenter la production de glucose en cas de menace

A leur grande surprise, les scientifiques ont constaté qu’en période de stress, IL-6 a été sécrétée dans les cellules adipeuses brunes, qui sont mieux connues pour réguler le métabolisme et la température du corps. Ces cellules contiennent beaucoup plus de mitochondries (4) que la graisse blanche.
Lorsque les signaux du cerveau aux cellules adipeuses brunes sont bloqués, les événements stressants n’aggravent plus les réactions inflammatoires.
« C’était une découverte tout à fait inattendue », a déclaré Hua Qing.
Les chercheurs ont estimé qu’IL-6 devait jouer un autre rôle dans la réponse « de combat » en plus de déclencher l’inflammation.
En fait, ils ont trouvé qu’IL-6 aide également à préparer le corps à augmenter la production de glucose en prévision des menaces.



« Des preuves précoces que l’IL-6 peut jouer un rôle dans l’obésité »

Selon l’étude, la réponse des cellules graisseuses brunes provoque des niveaux d’IL-6 importants, et ce bien après la production métabolique de glucose et la libération de cortisol et d’adrénaline. « Cela peut expliquer pourquoi le stress peut déclencher l’inflammation, même pendant que les hormones immunosuppresseurs sont libérés », pensent les chercheurs.
Les chercheurs soupçonnent également l’IL-6 de jouer un rôle dans les troubles de santé mentale tels que la dépression et l’anxiété. Le docteur Andrew Wang observe que bon nombre des symptômes de la dépression, tels que la perte d’appétit et la libido, imitent ceux causés par des maladies infectieuses telles que la grippe – ce que l’on appelle les « comportements de maladie » – qui peuvent être déclenchés par IL-6.
Certains médicaments existants développés pour les maladies auto-immunes, comme la polyarthrite rhumatoïde, bloquent l’activité de l’IL-6. « Les résultats préliminaires suggèrent que ces médicaments peuvent aider à soulager les symptômes de la dépression », notent les auteurs qui estiment qu’il existe également « des preuves précoces que l’IL-6 peut également jouer un rôle dans le diabète et l’obésité. »

(1) Le cortisol est la principale hormone glucocorticoïde, secrétée par les glandes corticosurrénales. Elle permet la régulation des glucides, des lipides, des protides, des ions et de l’eau pour limiter une éventuelle variation de l’équilibre physiologique de l’organisme.

(2) L’adrénaline est un neurotransmetteur et une hormone appartenant à la famille des catécholamines. Elle est sécrétée en réponse à un état de stress ou en vue d’une activité physique, entraînant une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la vitesse des contractions du cœur, une hausse de la pression artérielle, une dilatation des bronches ainsi que des pupilles.

(3) Les cytokines sont un ensemble hétérogène de protéines ou des glycoprotéines solubles qui jouent le rôle de signaux permettant aux cellules d’agir à distance sur d’autres cellules pour en réguler l’activité et la fonction.

(4) Les mitochondries sont les « moteurs » dans les graisses brunes qui brûlent des calories pour produire de la chaleur.

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