Alors que le Premier ministre vient d’annoncer que vacciner les personnes vulnérables « est une question éthique et d’efficacité », l’obésité n’entre toujours pas dans les deux premières phases de la campagne de vaccination. La Ligue contre l’obésité a adressé, ce lundi 18 janvier, un communiqué aux médias pour alerter l’opinion publique sur cette situation incompréhensible et dangereuse pour la santé des victimes de l’obésité.

Alors que le Premier ministre vient d’annoncer que vacciner les personnes vulnérables « est une question éthique et d’efficacité », l’obésité n’entre toujours pas dans les deux premières phases de la campagne de vaccination. La Ligue contre l’obésité a adressé, ce lundi 18 janvier, un communiqué aux médias pour alerter l’opinion publique sur cette situation incompréhensible et dangereuse pour la santé des victimes de l’obésité.

Comme Anaïs, jeune femme de 30 ans en obésité massive, elles sont nombreuses à s’interroger sur la date possible de leur vaccination. « Le 14 janvier, il a été annoncé que les personnes avec des pathologies pourront se faire vacciner, mais je ne vois nulle part les personnes en situation d’obésité concernée. Pouvez-vous me confirmer que je fais bien partie des personnes à risque et que je vais prochainement pouvoir bénéficier du vaccin ? », écrit Anaïs à la Ligue contre l’obésité.
Depuis début janvier, Marie est aussi dans l’incertitude. « J’ai 35 ans et je suis en obésité sévère. Je ne comprends pas à partir de quand je pourrais me faire vacciner. Ils insistent beaucoup sur les critères d’âge mais sans dire si toutes les personnes vulnérables pourront accéder rapidement au vaccin même si elles sont jeunes. Est-ce que je vais pouvoir me faire vacciner en même temps que le grand public ou vais-je pouvoir accéder aux centres de vaccination mis en place dans les grandes villes ? »
Chaque jour, la Ligue contre l’obésité reçoit des messages de personnes en situation d’obésité désorientées devant le manque de clarté du calendrier de vaccination. Elle recueille des témoignages de patients anxieux qui ne comprennent pas pourquoi elles ne sont pas considérées comme prioritaires à la vaccination anti-Covid-19.



L’obésité, l’une des pathologies les plus à risque de contacter une forme grave de la Covid-19

Pourtant, au tableau noir des victimes de la pandémie, l’obésité est considérée comme l’une des pathologies les plus à risques de contracter une forme grave de la Covid-19. « 47% des patients infectés entrant en réanimation sont en situation d’obésité indépendamment de l’âge, de l’hypertension artérielle et du diabète », précise le ministère de la Santé sur son site.
Pire : les données publiées, le 14 janvier dernier par Santé publique France, révèlent que le taux de mortalité des personnes atteintes d’obésité grimpe à 40%. Soit trois fois plus que les patients atteints de pathologies rénales (14%), quatre fois plus que les cancers (11%)…
Mais alors pourquoi l’obésité ne figure-t-elle pas dans la liste des personnes à hauts risques ou ultra hauts risques pouvant bénéficier d’une vaccination prioritaire ?
Pourquoi cet inventaire pathologique, décrété en milieu de semaine dernière par le gouvernement sur recommandation du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, ne se soucie guère des quelque 7 millions de Français, soit 15% de la population adulte (1) atteinte de la maladie chronique la plus répandue en France ?



Malgré les déclarations du Président Macron…

Devant l’absence de réponse, la Ligue contre l’obésité a publié, ce lundi 18 janvier, un communiqué de presse (cliquez ici) pour demander des explications et dénonce une situation qu’elle juge inacceptable. « Pourquoi certaines affections, dont la Ligue contre l’obésité ne nie absolument pas la gravité, semblent soudainement être mieux considérées par les autorités sanitaires et le gouvernement alors que moins à risque que l’obésité ? », déplore Agnès Maurin, la directrice cofondatrice de la Ligue contre l’obésité.
Une situation d’autant plus incompréhensible que depuis les premières heures de la pandémie en France, le président de la République Emmanuel Macron a déclaré, et ce à plusieurs reprises, qu’il fallait protéger en priorité « celles et ceux de nos compatriotes qui sont âgés ou affectés par des maladies chroniques comme le diabète, l’obésité ou le cancer ».



Les médecins irlandais lancent un appel d’urgence

Si en France, la non-priorisation à la vaccination des personnes souffrant d’obésité ne semblent pas gêner les autorités sanitaires, des voix s’élèvent ailleurs en Europe. A commencer par l’Irlande qui, pas plus tard que le week-end dernier, a manifesté sa solidarité avec la population qui se trouve en situation d’obésité.
Les médecins de la Société irlandaise de nutrition clinique et métabolique ont lancé un appel d’urgence afin que les personnes atteintes de diabète et d’obésité soient prioritaires dans la vaccination anti-Covid-19 (cliquez ici).
Cet appel fait suite à la troisième vague de contamination qui a submergé le pays en raison de la contagiosité du variant anglais du virus. « La pandémie de la Covid-19 nous a déjà alertés sur la vulnérabilité des patients atteints de diabète et d’obésité qui devraient être priorisés pour la vaccination. Nous devrions redoubler d’efforts pour aider ces patients à traverser la pandémie, ce qui profiterait aux taux d’hospitalisation et de mortalité », a précisé le docteur Mick Crotty, médecin à Dublin



« L’obésité ne doit pas être la grande méprisée de la campagne de vaccination anti-Covid »

Dans son communiqué qui interpelle le gouvernement français et les autorités sanitaires du pays, la Ligue contre l’obésité rappelle qu’à « chaque instant de leur vie, les personnes atteintes d’obésité luttent contre bien des maux ». A commencer par celui de la non reconnaissance de la maladie en France et sa non prise en charge par l’Assurance maladie.
« Déjà victimes d’attaques incessantes sur les réseaux sociaux où elles subissent d’ignobles attaques grossophobes, voilà que les personnes qui souffrent d’obésité sont reléguées dans laphase 3 de la campagne de vaccination », rage la porte-parole de la Ligue contre l’obésité qui pointe du doigt « la lenteur de la campagne de vaccination et le manque d’approvisionnement des doses qui portent préjudice à la population en situation d’obésité ».
Et la directrice générale Agnès Maurin de conclure : « L’obésité, déjà malmenée, ne doit pas être la grande méprisée de la campagne de vaccination anti-Covid. »


Philippe PALAT

(1) Source : étude épidémiologique de référence ObEpi-Roche 2012.