Vers un « auto-confinement » pour les personnes les plus vulnérables ?

Jean-François Delfraissy, le président du conseil scientifique Covid-19, a exposé lundi 26 octobre les axes possibles pour faire face à la reprise brutale de la circulation du coronavirus en France. Outre un couvre-feu plus large, il préconise une forme « d’auto-confinement » des personnes fragiles. Le Conseil de défense réunit à l’Elysée ce mardi et demain pourrait apporter des réponses. La Ligue contre l’obésité reste vigilante.

« On est dans une situation très difficile, voire critique (…). Il faut protéger les personnes les plus fragiles » face à la Covid-19.
Lundi matin, sur les ondes de RTL, le professeur Jean-François Delfraissy, président du conseil scientifique Covid-19 (photo) mis en place par Emmanuel Macron depuis le début de la crise sanitaire, s’est montré particulièrement inquiet pour les jours à venir, tant la Covid-19 se répand de plus en plus vite dans le pays.
Selon le président du conseil scientifique, « il y aurait en réalité deux fois plus de cas quotidiens de Covid-19 que ceux détectés, soit plutôt autour de 100 000 cas par jour ». « On avait prévu qu’il y aurait cette deuxième vague […], mais nous-mêmes nous sommes surpris par la brutalité de ce qui est train de se passer depuis dix-quinze jours », a-t-il souligné avant de rappeler que cette vague sera « probablement plus forte que la première » et « le retentissement sur les systèmes de santé va être là, dans les trois semaines qui viennent, au niveau des services de réanimation ».
N’excluant pas aller vers « un couvre-feu plus large » et « un confinement qui serait moins dur que celui qui a eu lieu en mars », le professeur Delfraissy a estimé que cette précaution sanitaire massive permettrait un recours accru au télétravail , de conserver probablement une activité scolaire et ainsi qu’un « certain nombre d’activités économiques ».



Parmi les trois objectifs : protéger les personnes vulnérables

Selon le professeur Delfraissy, « quel que soit le scénario retenu, la protection des plus anciens fait partie des mesures », a-t-il expliqué avant de préciser : « Il faut que pour les personnes les plus fragiles, il commence à y avoir une forme d’auto-confinement, avec leur accord : qu’ils limitent leur nombre de contacts et qu’ils arrivent à une vision de ‘’bulle’’ comme l’ont construite un peu les Anglais. » Une bulle sociale qui ressemblerait plus à un auto-confinement qui s’appuierait sur « une série de précautions à prendre ».
A l’antenne, le président du conseil scientifique a rappelé qu’il y avait trois objectifs dans « cette situation extrêmement difficile » : protéger les personnes les plus fragiles qui sont davantage à risque de formes graves de contracter la Covid-19, faire en sorte que « l’économie puisse se poursuivre » et réussir à ralentir la circulation du virus.



Une lettre pour être auditionnée par le Haut conseil de santé publique

Ces préconisations interviennent alors que le Président de la République réunit, ce mardi et demain mercredi, un Conseil de défense à l’Elysée. De ces réunions devraient sortir de nouvelles mesures concernant les Français en général, et sans doute les personnes vulnérables en particulier.
De son côté, France Assos Santé, qui regroupe une cinquantaine d’associations dont la Ligue contre l’obésité, a adressé un courrier au président du Haut conseil de santé publique (HSCP) afin d’être entendu. « France Assos Santé et les associations de patients souhaitent être auditionnées dans le cadre de cette saisine dont le débouché aura des conséquences importantes pour les personnes concernées, dans un contexte de circulation très active du virus et d’accélération des hospitalisations, y compris en réanimation. Comme vous le savez, 50% des patients admis en réanimation ont moins de 60 ans , parmi eux une grande majorité présentent des risques de vulnérabilité et cela malgré les mesures renforcées mises en place depuis la rentrée, y compris en entreprise », explique France Assos Santé dans son courrier.



Une liste de critères de vulnérabilités cohérente, le télétravail…

Le collectif réclame que soit établi « une liste de critères de vulnérabilités cohérente au regard des données robustes actualisées, tenant compte des manquements de la liste antérieure qui excluait notamment les maladies rénales sévères ni dialysées ni greffées ; le retour de la protection des proches vivant sous le même toit qu’une personne vulnérable et la reconnaissance du droit, pour les médecins prescripteurs, de s’appuyer sur des consensus d’experts pour protéger des personnes ‘’hors liste’’ ».
Par ailleurs, France Assos Santé revendique « le télétravail opposable, y compris à temps plein lorsque le poste s’y prête ; un accompagnement systématique par le service de santé au travail ; la prise en charge de transports individuels dans certaines conditions et la mise à disposition de masques, y compris de type FFP2 si nécessaire. »



Philippe PALAT


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